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 Djurdjura Main du Juif 2010 par djaffar  LA MAJESTÉ DU VERBE


   Toutes les saintes écritures n'ont cessé de nous le marteler «Au commencement était le verbe», ajoutant: «Et le verbe se fit chair». En cette fin de siècle, où la communication constitue la pierre fondamentale (nous n'avons pas dit philosophale) autour de laquelle gravitent les mouvements et les aspirations de la société, la question est plus que jamais à l'ordre du jour. Mais de quel verbe s'agit-il? De celui trompeur des discours officiels, de celui perverti et introduit frauduleusement dans le jargon psalmodié par des religieux ou de celui, taillé dans le bois, qui s'est posé sur les langues de tous les démagogues de la terre?

Fort heureusement, il nous reste celui, noble et fouetteur de consciences, qui a failli s'immobiliser pour l'éternité dans le mythique cercle des poètes disparus. Lounis Aït-Menguellet en est un des plus brillants représentants. Son verbe à lui est à la fois mesuré et dynamique, cinglant parfois, salutaire souvent, généreux toujours. C'est par la qualité de ce verbe qui relève de la magie, que Lounis a imposé son talent de poète chantant. C'est ainsi qu'il a su et pu redonner sa dignité à l'art musical kabyle, alors réduit à un genre mineur, idéal pour noces et banquets. Rappel des faits.

 

Après l'indépendance, le modèle oriental, exalté par la télévision et la chaîne 1 (arabophone) ainsi que par le flot de films en provenance des usines à rêves du Nil, domine le paysage musical alors que le pouvoir politique algérien tente d'imposer l'arabo-andalou comme musique officielle. La Kabylie n'est pas plus épargnée que les autres régions et se rue sur les disques des grands ténors égyptiens et ceux de «clones» locaux. La mode est au luth, instrument de base de toutes les cuisines musicales; plus il y a "de musiciens autour d'un chanteur, plus sa côte grimpe.

 

Reléguée en arrière-plan, en panne de chef de file d'une tradition en mal de réincarnation et se morfondant dans les fêtes de mariages et de circoncisions, la musique en pays «réel», souverainement ignorée par les médias, attend son sauveur. Le sursaut d'orgueil initial est attribué historiquement au vétéran Taleb Rabah qui, armé d'une guitare et accompagné par une derbouka et un «tar» (tambourin pourvu de cymbalettes), marque une rupture importante avec les figures du passé. Sa chanson, «Dalila», sur le mode traditionnel, montagnard remue les foules kabyles et opère comme une douche froide - réveil brutal- sur un jeune homme appelé à un destin légendaire.

 

Lounis Aït-Menguellet, c'est lui, est né le 17 janvier à Ighil Bwamas (littéralement le coteau du milieu), un endroit couvé par la chaîne montagneuse du Djurdjura, idéal pour un poète en quête d'inspiration. Tout petit, il écoutait Slimane Azem, premier chanteur politique de l'après indépendance, interdit d'antenne en Algérie, Cheikh El Hasnaoui, féru de chaâbi, et, bien sûr, Taleb Rabah. En 1967, guitare en bandoulière, il se présente à l'émission-radio crochet «Chanteurs de demain », programmée par la chaine II kabyle et coordonnée par Cherif Kheddam, Madjid Bali et Idir Achrouf. Il y interprète, en s'accompagnant à la guitare, un titre de Taleb Rabah, son père spirituel, « Aqliyi am tir el qabs »(tel un oiseau en cage).

 

Ce premier examen de passage est concluant et on prie le candidat de revenir en deuxième semaine. Il s'exécute de bonne grâce et assène un morceau de sa composition « Ma trud » qui l'impose comme le promoteur et, bientôt' le chef de file d'un courant musical kabyle se démarquant nettement des orchestrations à la sauce orientale. Les auditeurs, ébahis découvrent aussi qu'une prestation qualitative ne nécessite pas forcément le recours à un aréopage de musiciens. D'autant que, textuellement, Lounis renoue avec la poésie chère à Si Mohand (dont le poèmes ont été réunis dans des ouvrages signés respectivement par Mouloud Féraoun et Mouloud Maâmeri) en incluant un langage d'aujourd'hui, propice à une réflexion poussée sur l'existence et ses aléas et sur les blocages de la société.

 

Dès son premier 45 tours réalisé à Oran, il annonce la couleur: «Mon cœur oppressé a besoin de se raconter» «Idaq Wul» et se fait L'écho du malaise social grandissant parmi les jeunes. Ces derniers décèlent tout à la fois du miel et de la révolte dans La voix et les mots de leur idole. Le secret de La réussite d'Aît-Menguellet, encore et toujours aussi évidente, est lié au constat qu'il établit sur la difficulté de communiquer entre garçons et filles et parents (équation on ne peut plus délicate à résoudre et d'une actualité terrible) et la gestion des amours déçus.

 

Devenu un symbole vivant (relevons au passage que son arrestation en 1986 avait provoqué des émeutes en Kabylie preuve en est de son impact ), notre témoin vigilant et attentif au moindre bruissement de la société s'orientera au milieu des années 70, vers une chanson à textes à teneur sociale, exprimée avec force images et métaphores. Contrairement à ce qui est affirmé ici ou là, les chants de Lounis reposent sur des mots simples exsudant des pensées profondes. Paroles à méditer donc, mais si Lounis défend la culture amazigh il se garde de se prétendre militant tout au plus, peut-on le percevoir comme un militant de l'espoir. Il se veut plutôt un artisan (doublement visionnaire quand même) mélodique et quasiment un rappeur qui utilise la musique pour mieux faire passer son propos. Trop modeste l'ami quand on sait qu'il a écrit pas mal de pages mélodiques aussi raffinées que ses «lyrics». Son extraordinaire public le sait lui qui loue ses places à l'Olympia, au Palais des Congrès ou au Zénith deux mois a 1'avance et s arrache ses enregistrements. Et, ce qui ne gâte rien , Aït-Menguellet a toujours mis son talent, son influence et son immense popularité, au service de nombreuses causes humanitaires.

 

Rabah Mezouane    

 

etoiles

 

 

 

   Lounis Aït Menguellet l'homme de sa terre

 

Tassaft 2010    Lounis Aït Menguellet: chanteur – poète ou poète – chanteur. Avant tout il est l'homme de sa terre, indissociable des éléments naturels qui l'entourent, par moment, tel un colporteur, il endosse les habits du chanteur pour descendre vers la plaine faire entendre aux hommes ce que le poète a écrit. Il faut savoir qu'il ne quitte ses montagnes que très rarement, et qu'il est d'ailleurs le premier à vous dire que s'il avait pu faire connaître ses textes sans pour autant se présenter sur les devants de la rampe il aurait été le plus heureux des hommes.

 

A la forêt ordonnancée aux essences variées et élancées, Lounis préfèrera ses vieux oliviers agrippés à flan de colline. On ne sait plus si c'est eux qui s'accrochent à elle ou l'inverse. Ces arbres sont là depuis la nuit des temps, noueux, tordus, rabougris mais les racines profondément ancrées dans un sol pauvre à souhait.

Ceux là en ont subit des feux et des tempêtes, rien pourtant ne semble en venir à bout. Il vous dira alors qu'un olivier au mieux ne pourra vous donner que des olives. De son huile vous pourrez vous nourrir ou vous éclairer; il vous appartient d'en décider.

 

D' autres avant lui ont dit : Mon pays c'est l'hiver ou alors ont évoqué leur plat pays. Lounis nous a dit mon pays est une colline, où les villages telles des perles sont posées sur les crêtes.

Ici la brume est en contrebas dans la plaine. Ici le regard porte loin et les bruits de la ville n'y trouve aucun écho. Oui il faut aimer ainsi vivre parmi les nuages, dans ces nids inaccessibles où seul le temps se pend.

Ici c'est la nature qui vous informe de votre âge, car à votre pas sur la sente escarpée, à votre degré d'inclinaison, vous saurez où vous en êtes dans votre compte à rebours.

Ici la nature est à livre ouvert et partout vous pourrez lire vos rires, vos pleurs, vos souffrances et vos amours.

Merci Lounis de nous avoir donné à lire ton livre.

 

Hocine Rahmani       

 

etoiles

Lounis, cet ophtalmologue

               

                

Que l’on soit d’accord ou en désaccord avec ses idées, que l’on aime ou que l’on déteste le personnage, que l’on soit sensible ou non à son art, Lounis est depuis longtemps déjà, un chanteur que l’on ne perçoit plus comme simplement un artiste. Il est pour tous, un Penseur et souvent un Maître. Il a son école supérieure, bien différente de l’école officielle qui reste primaire.Ben et Lounis (2)       Benmohamed       Ben et Lounis

Tout comme nos bons vieux maîtres, il sait écouter, lire, sentir, voir et percevoir. Il analyse, il réfléchit et il expose. Tout comme nos bons vieux maîtres, Il s’évertue à mettre en valeur le savoir et la sensibilité; il promène sa lanterne sur cette Histoire qui permet de comprendre le présent et de mieux percevoir le devenir.

            Dans ce brouillard politique ambiant et ces jeux de cartes truquées, dans ces encombrements de sentiments contradictoires, dans toutes ces courses vers des légitimités autoproclamées, Lounis rappelle les vertus du regard lucide, à la fois, introspectif et ouvert vers d’autres horizons. Chacune de ses œuvres est une invitation à un regard objectif et serein sur nous-mêmes et sur les autres.

            Aux carrefours de notre évolution et de nos désarrois, ce poète qui a un profond respect pour son auditoire, s’est toujours interdit tout rôle de conseiller, de moraliste, encore moins de guide. Il se contente de donner son éclairage sur les différentes voies qui se présentent.

En d’autres termes, Lounis n’est pas un donneur de leçons. Bien mieux que ça, il est cet ophtalmologue qui soigne la vue de ceux qui veulent bien voir et savoir d’où ils viennent et où ils veulent aller.

Merci à toi, Lounis,

L’Ami, le complice.

 

                                                                                                                                                                                                                                                                                    Ben Mohamed

 

etoiles

 

Temoignage de D.Martinez    

 

Lounis Ait Menguellet et Denis Martinez.Ighil Bouammas

 

 

etoiles

 

 

Le phénix des neiges

 

     Si je devais mettre une figure sur l'Algérie de nos prières, je m'inspirerais de celle de Lounis Aït Menguellet : la figure de l'enfant du pays. Tout, chez cet artiste emblématique, m'apaise et me réconforte dans mon algérianité. Son charisme droit sorti de la sagesse ancestrale, sa hauteur étincelante de neige djurdjuraennes, son amour indéfectible pour les siens font de son chant une rédemption. Je crois avoir adhéré à cet homme avant même de le rencontrer. Je ne comprenais pas ses paroles, mais je me reconnaissais dans ses chansons, et sa voix de chantre tranquille m'insufflait un sentiment de plénitude comme lorsque le vent du désert balaie mes angoisses. Lounis Aït Menguellet est un havre de paix, une oasis féerique qui transcende, à elle seule, ces espaces mortifères que sont devenus nos silences tandis que nos rêves menacent de s'effilocher au gré des désillusions.

 

avec Y.Khadra             avec Y.Khadra (03)            avec Y.Khadra (02)

Il sait dire ce que nous taisons par crainte d'être entendu : notre fierté égratignée, nos joies chahutées, nos aspirations laminées. Plus qu'un barde, Lounis est ce refus viscéral de céder devant l'adversité, l'impératif devoir de renouer avec la beauté au cœur même des laideurs abyssales qui ont failli nous défigurer. Lorsqu'il chante, Lounis, les aigreurs retiennent leur souffle car, d'un coup, nous sommes en phase avec ce que nous croyons avoir perdu de vue, à savoir le goût de la fête. Qui a dit que nous étions morts et finis ? Quand bien même nos colères se voudraient amarres, un mot de Lounis, et déjà nous sommes ailleurs, loin des chaines de nos frustrations et de nos galères mentales.

 

Lounis ne chante pas, il apprivoise la vie, nous la restitue dans ce qu'elle a de plus grisant et de plus tentant ; subitement, nous avons envie de tout avoir, de tout mériter, les instants de bonheur comme les moments de folie, et nous sommes heureux d'être là, dans cette salle qui devient, au fil du répertoire, une grande maison familiale où toutes les complicités sont permises et où personne n'est jamais esseulé. Nous redevenons, le temps d'un concert, ce que nous sommes d'abord : des Algériens en liesse. Dieu a crée notre pays un jour de grande jouissance, et s'il arrive à certains de gâcher ses festins, d'autres sont là pour nous faire recouvrer, une à une, l'ensemble de nos ivresses. Parmi ces derniers, Lounis Aït Menguellet que nous remercierons jamais assez pour l'immense faveur qu'il nous fait : de continuer d'aimer la vie malgré tout. Béni soit cet homme par qui l'éveil aux bonnes choses arrive, béni soit sa musique et sa grande générosité. Une nation ne s'enorgueillit que par la verve de ses idoles, et Lounis en est l'une des plus belles que notre fierté ait connues. Il est la preuve vivante que ' chez nous, au bled comme partout où l'âme algérienne frémit, rien n'est tout à fait perdu.

 

Yasmina  Khadra  


 

etoiles

 

À mon ami Lounis Aït Menguellet

 

« Il n'est que des jours dans la vie d'un homme ».

Il m'était donné une fois de dire en pensant à mon ami F.Mammeri que le poète était l'ami du peintre. J'avoue qu'en t'écoutant et sans découdre de mon amitié avec Farid que je me suis profondément trompé. Il m'est difficile en ce moment où je t'écoute (INASSEN) de traduire certaines de tes poétiques en peinture et tu viens encore une fois de me prouver que l'art-vrai ne peut être illustration.

 

Comment pourrais-je dire en peinture " je t'aime ", " tu me manques ", " je suis mauvais " et j'en passe.

" je suis mauvais " mon ami, tout comme toi, par mon amour pour ce pays, par mon métier et par ma propre raison.

Vas-y donc ô peintre, peindre l'homme dans sa vérité, dans sa raison, si ce n'est dans sa nudité.

Décrire ce proverbe de chez nous " ô oiseau ni tu voles, ni tu te poses ". Gageure impossible.

J'ai dansé sur ta musique comme on piétine des tombes. Et c'est juste.

Des mots-gestes à brûler les cartes des états-majors. Des rires à hisser plus haut les étendards épineux de la révolte, à fleurir le sexe du voyage vierge et rigoureux des murs, à lécher la chaleur salée pendant au dessus des seins des nymphes.

 

Tes mots, ce que tu dis mon ami,

Sont plus rouges que la parole

Plus blancs que l'oubli

Plus violents que l'éclair

Plus solidaires que le recule du feu

Que la cassure du gel

Que l'absence du brouillard

 

Tes mots, ont la même saveur salée des larmes

Et la douleur des cors de ceux qui marchent

Tes mots, cette gelée royale

Nectar du bien et du mal au ventre de l'abeille.

 

Tes mots, ta bouche vive et la peau abandonnée du serpent

Le rêve de l'ogresse affamée

Les pas du raisin sur le ventre du tronc du peuplier noble et haut

Le sourire de la terre sèche et ravinée

 

Tes mots, cette sourde culture du suicidé

Dansant sur les cordes fines de la vie

Ce fou follet de la vérité dans la bouche de la colère

Cette marche des fourmis vers le soleil levant du pain

Ce bâton du pèlerin aussi fort que l'épée du mendiant

 

Tes mots, couleurs muettes de mes peintures

Des gestes retrouvés des bergers

Tes mots, de sucre et de poison

Tes mots dans mon sang amical

Dans mon sang fraternel.

 

Arezki Larbi

 

etoiles

  

avec Y.Khadra

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