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ayagu

« Ay agu » ou la révolution qui dévore ses enfants

 

 

     Le contexte politique de l'époque, fait de répression des libertés et de règne de la pensée unique, a fait que certaines chansons de notre poète (à l'exemple de Amjahed), sans qu'elles aient subi la censure en Algérie, aient été d'abord popularisées par des émissions de...Radio Tanger. À une année avant l'explosion d'avril 1980, Lounis nous donne les éléments de lecture de ce qui va devenir le destin particulier d'une région, d'une culture.

 

     L'album "Ay agu" comprend cinq chansons lesquelles constituent un concentré de sensibilité poétique et esthétique de grande facture, une analyse historique et politique de la situation du pays et, enfin, une ébauche de perspective où les aspirations à la liberté et à la citoyenneté sont clairement exprimées.

 

     Dans cet album, nous retrouvons l'atmosphère de la guerre des sables à travers la chanson "Arǧu-yi". À part les indications spatiales précises, ce conflit n'est pas situé temporellement. Mais, il est bien dit que « ceux qui gouvernent m'ont crée des ennemis» et aussi « ils m'ont appris que la guerre est prioritaire). Sous forme épistolaire (le soldat du contingent s'exprime dans une lettre à sa femme), "Arǧu-yi" est un chef-d'œuvre en la matière. Outre la dénonciation d'une guerre qui "ne nous regarde pas", le poème, conduit à la manière d'une épopée, est un véritable hymne à la paix où le lyrisme a aussi sa place. La fille du soldat, qui naîtra en son absence, sera dénommée Lahna (Paix) sur recommandation de son père posté sur le front et dont le seul souci et que la paix se rétablisse.

 

     La chanson"Amcum" est un réquisitoire contre la trahison et l'effilochement des amitiés militantes. Le héros est un élément d'un groupe de militants pour la liberté que son destin offrira en hostie, alors que ses anciens amis s'en désolidarisent.

Les aspirations à l'émancipation et au recouvrement des libertés sont énoncés dans "Ay iṭij ḥader ad teγliḍ" et "D nnuba-k fre".

 

     Quant au titre "Ay agu", il renvoie à un exilé dont la patrie subit le règne de l'arbitraire. Dans un prélude où la poésie se mêle à la méditation, il s'adresse à ses anciens amis. Il les hèle vainement. Il les retrouve dans le rêve. Il les considère comme la seule voie de secours pour chasser l'angoisse qui le hante et qui le dévore sur une terre étrangère.

    

     Dans un rappel historique, le poète met en scène un pays innommé, mais il s'agit bien sûr de l'Algérie, où toutes les cartes sont brouillées. Ceux qui, hier, furent du côté de l'ennemi sont aux commandes. Ils ont chassé tous les autres, ceux-là même qui "ont préparé la grenaille de plomb" pour l'ennemi au moment où les autres lui préparaient des "agapes".

    

     Mais, la génération d'alors, happée par les nécessités terre à terre d'aujourd'hui, ne se souvient plus. La mémoire de la nouvelle génération ne s'articule sur aucun relais. Il faut bien procéder à un travail de mémoire. Le héros du poème rappelle que, à la fin de cette "malédiction" (la guerre), il finit par tomber sous la férule et la protection des anciens félons.

Gardant sa fierté et ne voulant céder à aucun clientélisme, il fait valoir l'authenticité de ses racines: "C'est du bois de chêne que je suis fait et non de l'engeance du roseau". C'est alors qu'il décide de s'exiler laissant son frère aux commandes "se livrer à ses lubies" ("labourer et battre le blé", selon le texte kabyle).

    

     Ce sont tous les avatars de l'Algérie indépendante qui sont sériés dans ce texte d'Aït Menguellet. C'est la révolution dévoreuse de ses enfants. Exilés politiques, artistes réduits au silence, exilés de la parole libre, bref, tous ceux qui ont subi le retour de manivelle d'un combat dénaturé et perverti par les "légionnaires" de la 25 heure et les médiocres à qui le destin a curieusement et injustement souri. Une vacuité sidérale hante le pays et un malaise indéfinissable habite les esprits.

Le poète y met une poésie d'une rare beauté faisant intervenir un élément du cosmos, la lune, que l'exilé interrogera par une série de questions. Ici, la lune est considérée comme un élément fédérateur observé par l'exilé depuis son lieu d'élection mais aussi par les amis qu'il a laissés au pays. Subitement, un autre élément de la nature survient. C'est le brouillard. L'exilé engagera un dialogue avec cette masse brumeuse. Il la questionnera sur son lieu de provenance. le brouillard vient du pays du proscrit.

     Qu'a-t-il vu ? Il a vu les amis chéris de notre infortuné proscrit. Ce dernier veut savoir si son frère tient toujours les rênes du pouvoir. le brouillard lui répond par l'affirmative en lui faisant observer que c'est un "pouvoir sans brides" qui ne redouterait rien ni personne à vouloir se perpétuer. L'arbitraire continue, lui apprend-t-il. Même si, par intermittences, il est mis en veilleuse, il se régénère. Voulant savoir où se destine exactement le brouillard que ramènent les vents jusqu'au lieu où se trouve le proscrit, cet élément de la nature lui annonce qu'il vient en mission, sur ordre des frères régnant sur le pays, pour voiler le soleil de l'infortuné exilé!

 

     Mordante allégorie à la situation d'arbitraire vécue par l'Algérie pendant tes années 1970 après une révolution sanglante mais prometteuse, "Ay agu" est l'un des textes d'Aït Menguellet les plus élaborés sur le plan du style, du contenu politique et revendicatif et sur le plan de la "narration" si l'on peut se permettre ce concept appliqué à la prose.

 

                                                                                                                                                  Amar Naït Messaoud


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