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 siweliyidtamacahut       Siwel-iyi-d tamacahut

 

     À une époque où la télévision n'existait pas encore et où, donc, il n'y avait pas de rival pour accaparer notre attention, le conte était un moment savoureux et émouvant qu'on attendait chaque soir avec impatience. C'était aussi un véhicule culturel, garant de la pérennité du génie populaire et un divertissement sain. Par une porte dérobée, on accomplit un voyage à l'intérieur de royaumes insoupçonnés et empreints de mystères jusque-là inaccessibles et dans lesquels on pouvait projeter tous nos fantasmes. Qui n'a pas rêvé d'un monde où le temps, à son gré, peut -ou pas- suspendre son vol, où les animaux se mettent à parler et à philosopher et où les objets familiers commencent subitement à s'animer. Voilà enfin un monde où l'on constate que la frontière entre l'univers des adultes et celui des enfants se défait de sa "plasticité" avant de s'estomper: nous retombons tous dans l'innocente magie de l'enfance. Mais tout cela dépend de la qualité du narrateur, car c'est tout un art que de savoir conter, et de ses dons poétiques.

 

Ces qualités s'en trouvent réunies, avec la sensibilité en plus et la leçon de morale absurde en moins, dans ce nouvel album de Lounis Aït-Menguellet. "Raconte-moi une histoire", le bien-nommé est, en fait, en trompe-l'œil position. Le poète, avec sa lucidité coutumière, nous prévient: les bons contes ne font pas forcément les bons amis. Si, dès les premiers couplets, on a réellement affaire à une de ces excellentes paraboles que nos grands-mères nous "mimaient" sur fond de veillée au coin du feu, la suite est moins délectable et est loin de ressembler à ces comptines débitées dans les cours de récréation, histoire d'avoir moins peur de son ombre et de conjurer un quelconque sort funeste. Lounis entre dans la peau d'un personnage dont l'existence a basculé dans une espèce de musée des horreurs, avec comme ingrédients tout ce qui contribue à rendre l'humain le meilleur ennemi de son prochain. Dans ce texte, où le verbe est décliné tout en finesse et en justesse, l'auteur ne juge pas son semblable, se garde de tout penchant malveillant, ne s'érige pas en procureur ou en directeur de conscience. Il donne à entendre une réflexion approfondie, basée sur des faits, du concret, qui renvoie à une réalité qui dépasse souvent la fiction tant le drame se déroule au quotidien dans un pays qu'il est aisé d'imaginer.

 

Là aussi, il ne s'agit pas d'un conte d'auteur en mal de sensations fortes propres à titiller seulement l'imagination. "Raconte-moi une histoire" nous rappelle, certes, que la majorité des contes est peuplée de créatures horribles et de monstres, nommés en Kabylie

"Tseriel" (l'ogresse) ou "Awaghzniw" (l'ogre), que les amateurs de cinéma et d'images virtuelles compareraient aujourd'hui à Terminator ou à Freddy. Mais, pour mieux en comprendre l'aspect psychologique, il faut savoir lire entre les refrains et fouiller dans les replis les plus profonds des strophes. On s'aperçoit que les résidents permanents des légendes trouvent plus fort qu'eux: l'être humain, quand celui-ci affiche le mépris le plus total pour son alter ego et se considère comme étant en état de légitime démence pour justifier ses exactions et vexations, sévices compris. Lounis démonte précisément les mécanismes de l'hypocrisie, de la lâcheté et de l'angoisse des humains face à eux-même.

 

L'homme a-t-il peur de se libérer de son oppression et préfère-t-il se voiler impudiquement la face quitte à redoubler de férocité? Aït Menguellet, conte chanté ou conte mis en chant, nous fait part également de nos interrogations et distille quelques vérités élémentaires pas toujours bonnes à dire sous peine d'être exécuté, ajouteraient les tortionnaires.

 

Cependant, l'album contient d'autres préoccupations et d'autres thèmes dans le droit fil d'une oeuvre entamée en 1967, comme l'immigration vue sous un angle original. Musicalement, Lounis a remis à l'honneur le mandole, joué avec maestria par Djaffar, son fils mufti-instrumentiste, et a doublé les percussions. Et puis il y a cette voix capable de faire passer l'émotion la plus indicible à travers des mots et des mélodies qui, tout conte fait, comptent toujours autant.

 

Rabah Mezouane    

 

 

etoiles

À une époque où la télévision n'existait pas encore et où, donc, il n'y avait pas de rival pour accaparer notre attention, le conte était un moment savoureux et émouvant qu'on attendait chaque soir avec impatience. C'était aussi un véhicule culturel, garant de la pérennité du génie populaire et un divertissement sain. Par une porte dérobée, on accomplit un voyage à l'intérieur de royaumes insoupçonnés et empreints de mystères jusque-là inaccessibles et dans lesquels on pouvait projeter tous nos fantasmes. Qui n'a pas rêvé d'un monde où le temps, à son gré, peut -ou pas- suspendre son vol, où les animaux se mettent à parler et à philosopher et où les objets familiers commencent subitement à s'animer. Voilà enfin un monde où l'on constate que la frontière entre l'univers des adultes et celui des enfants se défait de sa "plasticité" avant de s'estomper: nous retombons tous dans l'innocente magie de l'enfance. Mais tout cela dépend de la qualité du narrateur, car c'est tout un art que de savoir conter, et de ses dons poétiques.

Ces qualités s'en trouvent réunies, avec la sensibilité en plus et la leçon de morale absurde en moins, dans ce nouvel album de Lounis Aït-Menguellet. "Raconte-moi une histoire", le bien-nommé est, en fait, en trompe-l'œil position. Le poète, avec sa lucidité coutumière, nous prévient: les bons contes ne font pas forcément les bons amis. Si, dès les premiers couplets, on a réellement affaire à une de ces excellentes paraboles que nos grands-mères nous "mimaient" sur fond de veillée au coin du feu, la suite est moins délectable et est loin de ressembler à ces comptines débitées dans les cours de récréation, histoire d'avoir moins peur de son ombre et de conjurer un quelconque sort funeste. Lounis entre dans la peau d'un personnage dont l'existence a basculé dans une espèce de musée des horreurs, avec comme ingrédients tout ce qui contribue à rendre l'humain le meilleur ennemi de son prochain. Dans ce texte, où le verbe est décliné tout en finesse et en justesse, l'auteur ne juge pas son semblable, se garde de tout penchant malveillant, ne s'érige pas en procureur ou en directeur de conscience. Il donne à entendre une réflexion approfondie, basée sur des faits, du concret, qui renvoie à une réalité qui dépasse souvent la fiction tant le drame se déroule au quotidien dans un pays qu'il est aisé d'imaginer.

Là aussi, il ne s'agit pas d'un conte d'auteur en mal de sensations fortes propres à titiller seulement l'imagination. "Raconte-moi une histoire" nous rappelle, certes, que la majorité des contes est peuplée de créatures horribles et de monstres, nommés en Kabylie

"Tseriel" (l'ogresse) ou "Awaghzniw" (l'ogre), que les amateurs de cinéma et d'images virtuelles compareraient aujourd'hui à Terminator ou à Freddy. Mais, pour mieux en comprendre l'aspect psychologique, il faut savoir lire entre les refrains et fouiller dans les replis les plus profonds des strophes. On s'aperçoit que les résidents permanents des légendes trouvent plus fort qu'eux: l'être humain, quand celui-ci affiche le mépris le plus total pour son alter ego et se considère comme étant en état de légitime démence pour justifier ses exactions et vexations, sévices compris. Lounis démonte précisément les mécanismes de l'hypocrisie, de la lâcheté et de l'angoisse des humains face à eux-même.

L'homme a-t-il peur de se libérer de son oppression et préfère-t-il se voiler impudiquement la face quitte à redoubler de férocité? Aït Menguellet, conte chanté ou conte mis en chant, nous fait part également de nos interrogations et distille quelques vérités élémentaires pas toujours bonnes à dire sous peine d'être exécuté, ajouteraient les tortionnaires.

Cependant, l'album contient d'autres préoccupations et d'autres thèmes dans le droit fil d'une oeuvre entamée en 1967, comme l'immigration vue sous un angle original. Musicalement, Lounis a remis à l'honneur le mandole, joué avec maestria par Djaffar, son fils mufti-instrumentiste, et a doublé les percussions. Et puis il y a cette voix capable de faire passer l'émotion la plus indicible à travers des mots et des mélodies qui, tout conte fait, comptent toujours autant.

 

Rabah Mezouane


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