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inasen

          Ini-asen

 

 

    ASEFRU LEVE LE POING   

 

      Revenez si vous me croyez

     Vous verrez de vos propres yeux

     Les fous qui me ressemblent

     Peuvent se permettre de rêver

 

     On est tenté de commencer par "il était une fois" "macahu". Mais ,non, on ne peut commencer par une formule de contes de fées la relation d'une œuvre historique avec le peuple auquel elle est destinée.

"Inas-en" est un va et vient continuel entre le passé, le présent et le futur. Une constante exploration de la coupure qui sépare ce qui a été vécu ce qu'on vit et ce qui est à vivre.

   Par une coïncidence espérée, c'est au moment où nous avons le plus mal à notre pays que "Inas-en" surgit pour emporter nos découragements et nous remettre en face de nous-mêmes. Ces vers paraboles sont autant de sésames indispensables à qui veut faire face au tournis que nous donne l'Algérie car ils sont en harmonie totale avec l'actualité.

Mélange de combats et de désertions, de nuits brumeuses et d'aubes fatiguées. C'est une promenade à travers des vestiges où soudain à la lueur d'une lampe tempête apparaissent des fresques inédites, voire interdites.

Il y a des œuvres comme celles-là immédiatement compréhensibles qu'il faut écouter non seulement pour ce qu'elles contiennent, mais comme un signal dans la marche des idées.

 

Dis-leur que la paix s'est déchaînée

Elle est amante du printemps

 

     Un univers féerique. Un pays que nous connaissons mais dans lequel on ne vit pas. La seule utopie à réaliser. Une poésie qui nous fait revenir d'un cimetière où la terre colle encore aux chaussures; et nous restons là bras ballants à nous demander ce qui nous arrive...

Des vers ourdis comme des pièges. Des vers nerveux rythmés et trempés dans l'irrévérence et la causticité. Avec cet aplomb qui n'appartient qu'aux poètes, il mélange violence et dérision.

   Et c'est drôle tout ça ? très drôle dit-il. A mourir de rire, à mourir tout court. Une gigantesque supercherie. Mais devant le besoin de dire clairement que si le pays pour lequel tant d'algériens sont morts n'existe pas encore, du moins a-t-on vu ce que nous devons refuser ce qu'il continue à être. Pour mieux s'impliquer et nous assurer de sa présence Ait Menguellet, veut "nous céder la place"; Une œuvre grave qui offre le vaste et dramatique tableau d'un pays en proie à la folie qui nous oblige à nous regarder et à scruter les horizons.

 

Qu'avez-vous inventé?

A quoi êtes-vous destinés?

Architectes de la division

De quoi nous avez-vous débarrassé?

D'union et de fraternité.

 

     Derrière les constats, le poète fait surgir d innombrables interrogations. Seulement, les "parce que" qu'on se donne ne lui conviennent pas. Des questions sur des paysages de défaites. Le désastre peut être individuel ou collectif on peut le nommer guerre ou suicide; ce qui perdure c'est une sensation de débâcle, de sacrifice absurde et monstrueux. Et ce sont ces absences et ces déroutes qui se trouvent ici feuillées,explorées, froidement dépecées. Les surenchères d'apitoiements et de calculs sont dévastateurs.

Lounis le dit avec une franchise rageuse. Chaque poème n est rien moins qu'un symptôme d'une tumeur maligne qui ne cesse de s'étendre sur le corps d'un peuple qui s'est battu pour un idéal autrement plus noble que la réalité qui à chaque réveil nous agresse. Et ce ne sont pas les éclaircies éphémères qui trompent le poète.

 

Tout nouvel ennemi

Peut-il naître de tes entrailles?

Muet, tu es complice

Et si tu parles, tu vises ta tempe.

 

     Ils sont nombreux les dispensateur de gloire qui réservent à ceux qu'ils n'ont pas épargnés leurs éloges dithyrambiques, ceux qui s'imaginent qu'ils ont pris parti alors qu'ils ne sont que de parti pris.

"D iriyi" dit-il. Le poète se désigne du doigt, devient infréquentable puisqu'il devient par un machiavélique tour de magie celui qui ne sait pas que ce qui divise importe moins que ce qui rassemble.

 

Vous qui adorez les tombes

Elles sont vos repères

Vous éclairez la mort

Et éteignez la vie...

 

     N'allez pas croire que Ait Menguellet se complaît dans une angoisse morbide, au contraire cette œuvre est pleine de sève, d'ardeur de vivre. S'il parle de larmes, c est pour mieux convaincre de cesser de pleurer; s'il parle de sang, c'est pour nous dire de cesser de nous entretuer et s'il parle d'amour, c'est pour nous dire de ne pas nous tromper de cibles. Les précipices qu'il laisse donc entrevoir expliquent le désespoir et les appels au secours de ce jeune qui crie "je m'en vais'. Un aller sans retour de cet avenir qui fait fi des sujets interdits et des tabous qui ont une armée.

 

Sans espoir, sans pleurs

Je m'en vais

A personne je ne penserai

Et seuls mes genoux peuvent m'arrêter.

 

     Mais derrière la "fuite", il y a aussi un élan de l'être lancé à la conquête de la vérité.

Laquelle? celle qui multiplie les clefs d'accès et qui court-circuite les actes anesthésiants pour les mettre à nu. N'a-t-il pas dit un jour" A chaque fois que la patrie est malade, elle fait appel aux montagnes. Les montagnes lui répondent. Elles la soignent et la guérissent".

Une réflexion permanente. Une réflexion qui éclaire la finalité d'un combat, mais surtout, une réflexion qui permet de lever un silence assourdissant et de taire des fracas muets qui font partie de la logique des cibles du poète.

"Inasen" n'est pas que de la poésie, il a aussi ces airs et cette musique qui nous entraîne et nous aide à mieux saisir les nuances du texte.

La nouveauté c'est l'inédite collaboration Djaffar - Takfarinas.

Des arrangements sophistiqués mais sans artifices tape l'œil ni effets gratuits.

La main légère de Djaffar et la maestria de Takfarinas dessinent de délicates estampes et donnent une saveur particulière aux musiques du "père' .

Avec cet album. Ait Menguellet nous offre en fait, l'Algérie. Les grandes douleurs sont muettes , mais lorsqu'elles s'expriment comme ici tel qu'on les entend le mieux et le plus longtemps.

Dis-leur de revenir....

Le poète sait qu'il délire mais il y croit profondément. Et c'est cela l'espoir.

 

Ahmed Ammour     

 

 

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